vendredi 25 mai 2018

L'EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR


Comédie/Aventure/Une belle histoire, un film qui donne le sourire

Réalisé par Ken Scott
Avec Dhanush, Erin Moriarty, Gérard Jugnot, Bérénice Bejo, Barkhad Abdi, Abel Jafri, Ben Miller, Sarah-Jeanne Labrosse...

Long-métrage Français/Américain
Titre original : The Extraordinary Journey Of The Fakir
Durée : 01h40mn
Année de production : 2018
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

Date de sortie sur nos écrans : 30 mai 2018



Résumé : Aja, un jeune arnaqueur de Mumbai entame, à la mort de sa mère, un extraordinaire voyage sur les traces du père qu’il n’a jamais connu. Il rencontre l’amour à Paris dans un magasin de meubles suédois, le danger en compagnie de migrants somaliens en Angleterre, la célébrité sur une piste de danse à Rome, l’aventure dans une montgolfière au-dessus de la Méditerranée, et comprend finalement ce qu’est la vraie richesse et qui il souhaite devenir.

Bande annonce (VOSTFR)



Featurette - Ken Scott, le réalisateur (VOSTFR)



Extrait 1 (VOSTFR)


Extrait 2 (VOSTFR)


Extrait 3 (VOSTFR)


Extrait 4 (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Ce film est une adaptation du roman de Romain Puértolas, « L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » (paru en août 2013). Avec L'EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR, Ken Scott, le réalisateur nous entraîne dans un conte dans lequel ce ne sont pas tant les aventures vécues qui comptent, mais l'humanité qui s'en dégage. Sa mise en scène est constante dans sa façon d'aborder des sujets graves tout en leur donnant un aspect lumineux. Il y aurait pourtant manière à tomber dans le drame larmoyant avec certains aspects de cette histoire, mais le scénario préfère pencher vers la positivité tout en déposant ici et là de petites perles philosophiques que les spectateurs sont libres d'apprécier à leur guise. Sinon, on peut simplement profiter de ce beau voyage et de la bonne humeur qui s'en dégage.

En tout cas, il est difficile de ne pas trouver profondément attachant le personnage d'Aja qui est interprété à l'âge adulte par Danush. L'acteur est aussi convaincant dans sa douceur que dans l'intelligence qu'il insuffle aux multiples talents de son protagoniste. Il porte le film sur ces épaules et il assure ce rôle avec brio.





L'EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR est une belle histoire, un film bon pour le cœur et pour le moral. Même si parfois, on a la gorge nouée par la force des sentiments qu'il nous fait ressentir, c'est avec le sourire aux lèvres qu'on sort du cinéma. Alors n'hésitez pas à aller écouter Aja vous raconter son histoire, elle vaut la peine d'être vue et entendue.


NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Entretien avec

Qu’est-ce qui vous a intéressé au départ dans L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR ?

Alors que le producteur Luc Bossi était au Festival de Cannes, il m’a appelé pour savoir si j’étais disponible pour un projet qu’il développait. Il m’a envoyé le livre et le scénario et j’ai adoré la tonalité du récit. J’ai aussi été sensible à l’humour et à l’histoire d’amour, mais surtout au fait qu’il s’agit avant tout d’un film d’aventure !

Comment vous êtes-vous approprié le scénario ?

Après avoir lu le livre et le scénario, et discuté avec Luc, j’ai senti qu’il fallait que je réécrive certaines scènes pour que le film corresponde à la vision que j’en avais. Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié de pouvoir m’approprier le projet, même si j’étais porté par le roman : j’ai essentiellement développé des aspects qui étaient déjà présents dans le livre.

Il y a dans cette histoire une formidable dimension picaresque.

Absolument. Pour moi, il s’agit d’une fable. D’ailleurs, au cours de la réécriture du script et du tournage, j’ai fait en sorte qu’on ressente cette dimension. C’est aussi un récit initiatique qui s’attache à un jeune Indien, originaire de Mumbai, qui n’a jamais rien connu d’autre que son modeste quartier. Au cours du film, il voit ses horizons s’élargir. Cette évolution était passionnante à explorer d’un point de vue cinématographique.

Certes, il s’agit d’une fable, mais le film aborde aussi la question des migrants…

Je ne pense pas que le film soit politiquement engagé. Bien entendu, on parle de mouvements migratoires mais pas sous un angle politique – plutôt dans une optique humaniste. Car en voyant ces migrants au quotidien, le spectateur pourra sans doute se sentir proche d’eux et se dire qu’ils lui ressemblent. S’il repart de la projection dans cet état d’esprit, je pense qu’on aura remporté une petite victoire.

Avez-vous été inspiré par certains livres ou films ?

J’ai surtout été inspiré par le livre de Romain Puértolas qui est d’une grande richesse. Je m’en suis senti très proche, sans doute parce que THE GRAND SEDUCTION, que j’ai écrit, et STARBUCK, que j’ai écrit et réalisé, mêlent humour et fantaisie, tout comme LE VOYAGE DU FAKIR. Les films qui m’ont inspiré sont BEING THERE (BIENVENUE MISTER CHANCE) de Hal Ashby, AFTER HOURS de Scorsese, LA VITA E BELLA (LA VIE EST BELLE) de Roberto Benigni. Avant le tournage, j’ai aussi voulu relire « Candide » de Voltaire et l’« Odyssée» d’Homère. Comme il s’agit avant tout d’un film d’aventure, j’ai revu des comédies d’aventure de Spielberg dont j’aime la tonalité.

Vous avez tourné aux quatre coins du monde. Le tournage a-t-il été particulièrement diffcile d’un point de vue logistique ?

C’était évidemment un tournage assez complexe ! Mais il était essentiel qu’on se rende dans les différents pays où se déroule l’intrigue pour en saisir l’atmosphère. Et même si c’était souvent diffcile, cela en valait la peine, car il fallait faire en sorte que chacun des lieux traversés par les personnages infl ue sur la narration et le périple du protagoniste.

De même, vous avez réuni un casting international.

Au cours de son voyage, notre protagoniste rencontre de nombreux personnages qui, dans le film, n’ont que quelques scènes. Mais il fallait que leur présence soit marquante et on a donc fait appel à de grands acteurs issus des pays qu’on traverse. C’était l’un des aspects les plus exaltants de la préparation.

Sachant que vous avez dirigé des comédiens de cultures et de parcours très différents, était-ce particulièrement difficile ?

Je me suis d’abord efforcé de comprendre de quoi ils avaient besoin pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Bien sûr, c’était un vrai défi de travailler avec des acteurs venant de pays différents, mais c’était aussi un vrai bonheur. À commencer par Dhanush qui a tourné dans d’innombrables films en Inde. C’était passionnant parce qu’à la fin de chaque journée de tournage, on parlait du film qu’on était en train de faire, de son personnage et aussi de la manière dont on fait du cinéma : on confrontait ma vision et mon approche en tant que réalisateur occidental avec son regard d’artiste indien, et on comparait la réaction du public en Occident et du public en Inde. Nos discussions ont enrichi ma vision du monde et de la manière de faire du cinéma.

Quelles difficultés liées aux différences culturelles avez-vous rencontrées ?

La barrière de la langue était parfois un obstacle, d’autant plus que je devais me faire comprendre et qu’on était sans cesse en train de courir après le temps. Je me souviens par exemple d’avoir pris le temps d’expliquer à des figurants ce qu’ils devaient faire et de me rendre compte ensuite qu’ils ne parlaient pas un mot d’anglais mais qu’ils étaient trop polis pour me le dire !

Avez-vous organisé des répétitions ou des lectures en amont du tournage ?

Pas vraiment. Comme on tournait dans plusieurs pays, on n’a jamais eu l’occasion de réunir l’ensemble des comédiens. J’ai malgré tout répété avec certains d’entre eux, mais encore une fois, le plus important à mes yeux était de trouver la méthode qui convenait le mieux à chacun. En discutant avec Dhanush très en amont, je me suis rendu compte qu’il préférait ne pas trop répéter pour conserver sa spontanéité. Avec les comédiens qui n’avaient que quelques jours de tournage, il fallait répéter un minimum pour s’assurer qu’ils avaient bien cerné le ton du film.

Laissez-vous une certaine marge de manœuvre à vos comédiens ?

Je suis assez précis dans ma direction car je sais ce que je veux obtenir de mes acteurs pour raconter l’histoire à ma façon. Pour autant, je leur laisse beaucoup de liberté en les encourageant d’emblée à me donner leur propre interprétation de la scène. C’est ensuite que je leur fais part de ma vision et que j’affine les choses.

Quel style visuel avez-vous souhaité donner au film ?

Tout d’abord, le style est marqué par le fait qu’il s’agit d’une fable. Ensuite, comme on passe d’un pays à l’autre au cours du périple du protagoniste, il était important que chacun des lieux traversés ait sa propre identité visuelle. J’ai donc filmé chaque pays différemment, en me laissant influencer par l’atmosphère, les décors, la culture locale : il était essentiel que le spectateur ressente qu’on change d’univers tout au long du film. Que ce soit un numéro de danse dans la pure tradition Bollywodienne, un numéro musical à la Monty Python en Angleterre ou une course poursuite en Italie qui pulse au rythme d’une musique à la Nino Rota.

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur ?

La musique est essentielle dans ce projet. On a fait appel à Nicolas Errera, avec qui j’ai déjà travaillé, et on s’est inspiré de mélodies indiennes, même si ce n’est pas un film de Bollywood : on a fait en sorte que la culture indienne imprègne la bandeoriginale.

Qu’est-ce que vous retiendrez de cette expérience unique ?

Ce fut une collaboration avec des gens de grands talents provenant plusieurs pays. C’était un projet particulièrement ambitieux, pour un budget relativement modeste. On a dû être inventifs et extrêmement préparés. Et je crois que c’était le cas ! J’ai vraiment le sentiment que tous les acteurs et les techniciens ont travaillé dans la même direction, au service du film, en s’investissant à fond.

Qu’aimeriez-vous que le spectateur retienne du film ?

J’aimerais d’abord qu’il passe un très bon moment car c’est avant tout un divertissement ! Mais c’est aussi un film qui parle d’immigration et, même s’il n’offre aucune solution toute faite, j’espère qu’il donnera matière à discussions et à débats.


À PROPOS DE…

Le scénario
Il y avait un formidable message adressé au monde, conjugué à un humour irrésistible. C’était aussi la promesse d’un périple que je n’avais pas encore tenté dans ma carrière : on a rarement la chance de se voir proposer un tel rôle.

Le personnage d’Aja
C’est un magicien qui fait ses tours dans la rue. Il est charmant et sait se sortir de la plupart des impasses. Mais c’est aussi un personnage à qui la plupart des spectateurs peuvent s’identifi er car il a une profonde philosophie de vie et qu’il n’hésite pas à s’embarquer dans une aventure hallucinante !

Ken Scott
C’est un réalisateur extrêmement agréable et dans le même temps qui a une vision très claire de ce qu’il veut. C’est formidable d’être dirigé par quelqu’un qui sait vous amener exactement là où il le souhaite et qui vous permet de vous approprier le personnage. Il encourage un véritable travail d’équipe et, avec lui, on a le sentiment de construire les scènes ensemble, en s’inspirant à la fois de son approche et de la mienne. J’ai beaucoup appris à son contact.

La méthode de travail
Je n’ai pas eu le temps de faire de lecture ou de répétition, mais avec le recul, j’en suis ravi. Car j’ai pu garder une certaine fraîcheur et une certaine spontanéité que je n’aurais pas eues nécessairement si on avait répété.

Des partenaires des quatre coins du monde
C’était fascinant de travailler avec des acteurs venus de différents pays et de différentes cultures. J’ai beaucoup apprécié de découvrir leurs approches du métier d’acteur, d’autant que c’est une expérience très rare.

Bérénice Bejo
Bérénice Béjo est adorable et très bonne camarade dans le jeu : elle est chaleureuse, encourageante et coopérative. On a passé d’excellents moments tous les deux, et notamment pour la séquence de danse.

La danse
C’est un art qui fait partie intégrante de la culture indienne et j’ai tourné une trentaine de films en Inde où, pour la plupart, j’avais des scènes de danse. Comme j’ai l’habitude de danser régulièrement, je n’ai pas vraiment eu besoin de m’y préparer.

Un autre univers
Le plus diffcile pour moi a sans doute été de m’adapter à un univers radicalement différent de ce à quoi je suis habitué. Il m’a fallu m’accoutumer à des méthodes de travail différentes et à un autre style de tournage. Pendant la première semaine, c’était assez compliqué pour moi, mais par la suite, je me suis vraiment éclaté !


À PROPOS DE…

Le projet
Ce qui m’a plu dès le départ, c’est qu’il s’agit d’une fable résolument optimiste qui traverse plusieurs pays et cultures. C’est aussi un film familial très populaire, dans le bon sens du terme, et j’ai tourné tellement de drames que j’étais heureuse de participer à un film solaire. Car le message du FAKIR, c’est que même si on ne réalise pas son rêve au bout du chemin, c’est déjà très important d’avoir entrepris le voyage qui nous y mène.

Le personnage de Nelly
C’est une star de cinéma très célèbre qui est parvenue à un moment de sa carrière où elle s’ennuie un peu. Elle a déjà tout vu, elle a touché à tous les registres de films, et plus rien ne l’amuse. Quand elle rencontre Aja, il vient d’un monde tellement différent du sien qu’elle apprécie sa présence. Du coup, ils deviennent amis : elle prend conscience qu’elle peut sans doute retrouver ce qu’elle a perdu grâce à lui. Il lui permet de revenir à des choses simples et de croire de nouveau à des rêves qu’elle a peut-être oubliés.

La direction d’acteur de Ken Scott
Il est d’une grande précision et a un très bon sens du rythme et de l’humour : il sait à quel moment marquer une pause dans telle ou telle phrase pour en accentuer la drôlerie. À chaque nouvelle prise, il nous encourage à changer de registre et à explorer d’autres pistes. Du coup, notre jeu évolue de prise en prise et se rapproche de ce que recherche Ken. C’est très gratifi ant de travailler avec lui car il nous donne une consigne que l’on comprend et qui nous amène ailleurs.

Un important défi
D’abord, je jouais un archétype plus qu’un personnage, si bien qu’il fallait que je réussisse à me l’approprier pour ne pas être caricaturale. Ensuite, j’ai dû me livrer à un numéro de danse Bollywoodienne avec Dhanush : comme je ne suis pas danseuse, j’ai dû m’entraîner trois heures par jour pendant un mois pour trois minutes de danse à l’écran ! C’était difficile mais cela en valait la peine.

Le travail avec Dhanush
C’était d’une grande simplicité. J’ai pas mal de scènes avec lui où je parle sans cesse pendant qu’il m’écoute, si bien que je me demande ce qu’il en pense ! Il est toujours très préparé, il connaît son texte, et il est très professionnel. C’est un comédien d’une grande douceur.

Scène inoubliable
La séquence devant la fontaine de Trevi était merveilleuse. On s’y sent projeté dans le cinéma italien des années 50 et 60. Du coup, tourner un film à cet endroit était très fort émotionnellement pour moi.


À PROPOS DE…

Un scénario hors normes
Je n’avais jamais lu un projet pareil. J’ai d’abord été très sensible au fait qu’il aborde des thèmes très actuels et qu’il parle de la diffi culté à trouver le grand amour. Par ailleurs, il y a une fantaisie et une dimension fantastique dans le scénario qui donnent le sentiment qu’on vous lit une histoire à partir d’un livre. Ce n’est pas très fréquent dans le cinéma contemporain et j’adore ça !

Le personnage de Marie
Quand on fait la connaissance de Marie, on comprend qu’elle est un peu paumée. Comme beaucoup de jeunes fi lles d’une vingtaine d’années, elle traverse une période où elle affi rme son indépendance et découvre sa véritable identité. Par le passé, ce sont les autres qui ont pris les décisions à sa place, que ce soit son ex-fi ancé ou ses parents : à Paris, elle découvre sa voie. C’est alors qu’elle croise Aja et qu’elle ne peut s’empêcher de tomber amoureuse de lui. Elle doit trouver l’équilibre entre son désir de garder son indépendance et ses sentiments amoureux. Je trouve qu’elle évolue beaucoup tout au long du film.

Un récit initiatique
C’est un vrai récit d’apprentissage pour Aja comme pour Marie. Aja vient d’un monde renfermé sur lui-même et, en arrivant à Paris, il ouvre ses horizons. Quant à Marie, elle découvre qui elle est sans être infl uencée par ses parents : lorsqu’on passe le cap des 20 ans, on se rend compte que nos points de vue sur le monde ont été largement modelés par notre entourage. Du coup, la trajectoire d’Aja et de Marie, tout au long du film, leur permet d’assumer leur véritable identité. Sans compter que pour Aja, il s’agit d’un premier amour qui est souvent un rite de passage pour un jeune adulte.

Une production internationale
Je n’avais jamais vécu un tournage qui réunit des acteurs des quatre coins du monde. Et même si j’adore Paris, c’est une ville qui me rappelle New York. En revanche, j’ai eu le sentiment, en me rendant à Mumbai, de débarquer dans un tout autre univers. C’était très intéressant de confronter la manière dont Dhanush, Ken et moi faisons des films. C’était passionnant d’utiliser sa propre expérience du cinéma pour ce film et de réunir mes deux passions : jouer et voyager ! Par ailleurs, j’ai eu le sentiment que cette expérience m’a ouvert d’autres horizons.

La direction d’acteur de Ken Scott
C’est un réalisateur très généreux qui n’hésite pas à vous pousser dans vos retranchements car il a une idée extrêmement précise du résultat qu’il cherche à obtenir. Il instaure un vrai travail d’équipe avec ses comédiens et ne laisse rien au hasard. Il est conscient qu’en tant qu’acteur, on peut nourrir le film de sa propre interprétation, tout en connaissant les personnages sur le bout des doigts. C’est un formidable bosseur, même s’il est constamment détendu. Du coup, il installe une énergie positive et communicative sur le plateau.


À PROPOS DE…

Un projet séduisant
Même si au départ, je craignais un peu de tourner en anglais, j’avais trouvé le livre plein de fantaisie et de poésie et le nom de Ken Scott a retenu toute mon attention. En effet, je suis un grand admirateur de LA GRANDE SÉDUCTION.

Le personnage de Gustave
C’est un archétype de chauffeur de taxi qui, à mon avis, a une activité un peu illicite ! Je ne suis pas certain que ce ne soit pas un escroc… Il peste contre Uber mais c’est à cause de types comme lui que les sociétés de VTC se sont développées ! Mais même s’il arnaque ses clients, c’est aussi un philosophe et un personnage pittoresque. Par exemple, il détaille sa philosophie de la vie à Mary, qu’il prend dans son taxi : c’est sans doute un philosophe de comptoir, mais avec une vraie sagesse.

Ken Scott
Ce qui était assez amusant, c’est qu’on tournait en anglais alors qu’il est francophone. Il est précis et il sait ce qu’il veut. Et comme il est aussi scénariste, il n’hésitait pas à réécrire certaines scènes. Je paniquais un peu car j’avais mis un temps fou à mémoriser mon texte et je n’avais pas franchement envie qu’il soit modifié !

Dhanush
Ce qui m’a rassuré, c’est que je ne comprenais rien à ce qu’il disait parce qu’il a un accent très prononcé !

Acteur-réalisateur
Comme j’ai moi-même réalisé 11 films, je reste d’autant plus au service du metteur en scène : je comprends sans doute davantage pourquoi le réalisateur prend telle ou telle décision, et pourquoi on me demande de faire telle ou telle chose. Du coup, j’ai plus de facilité à accepter de refaire une prise parce que j’en comprends les motivations.


Après l’aventure de L’ÉCUME DES JOURS de Michel Gondry, d’après le roman de Boris Vian, sorti en 2013 dans de nombreux pays, la société Brio Films s’est lancée dans sa première production en anglais, L’EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR, adapté du livre de Romain Puértolas, dans le but d’en faire un conte universel qui voyage dans le monde entier.

Dès le développement du scénario, coécrit par l’auteur du roman, l’addition d’une partie de l’histoire en Inde pendant l’enfance du héros a permis d’accentuer le caractère aventureux et l’ampleur de la narration. Elle a aussi permis de monter une coproduction offi cielle franco-indienne avec la société Little Red Car, de caster la star indienne Dhanush, et de tourner pendant deux semaines à Mumbai, avant de poursuivre les prises de vue à Rome, Paris, et Bruxelles. Grâce à des comédiens de 15 nationalités, dont notamment Bérénice Bejo, Erin Moriarty, Barkhad Abdi, Ben Miller, Stefano Cassetti, Abel Jafri et Gérard Jugnot, grâce au talent du réalisateur Ken Scott, dont le fi lm STARBUCK avait déjà eu un succès international, le fi lm sera la première production majoritaire française à bénéfi cier d’une sortie nationale en Inde. Le fi lm sortira également en salles dans plus de 40 autres pays, dont l’Italie, l’Espagne, la Chine, le Japon, la Russie, les États-Unis, la Suède, Israël, la Turquie, l’Australie et le Brésil.


La préparation du fi lm a donné lieu à de longs repérages dans les pays de tournage, avec Ken Scott, le chef opérateur Vincent Mathias (César 2018 de la meilleure photo pour AU REVOIR LÀ-HAUT), les chefs décorateurs Patrick Dechesne et Alain-Pascal Housiaux (LE FANTÔME DE CANTERVILLE) et la créatrice de costume Valérie Ranchoux, qui a notamment travaillé avec Benoît Jacquot. Le tournage en Inde a commencé en avril 2017 à Mumbai, en particulier dans les ruelles colorées de Worli, en bordure de l’océan, un quartier de pêcheurs dans lequel se déroule l’enfance du héros. Le lieu de travail de Siringh, la mère d’Aja, est le Dhobi Ghat, un fameux lavoir en plein air par lequel passe le linge des hôtels et où travaillent plus de 2000 personnes. Une équipe indienne brillante et rompue aux productions locales a guidé l’équipe européenne dans une chaleur étouffante.

Le tournage s’est ensuite poursuivi à Paris, à Bruxelles et dans ses environs, puis à Rome, en début de saison touristique. Le tournage à la Fontaine de Trevi a donné lieu à un face à face amusant avec la police italienne qui souhaitait écarter l’équipe de la fameuse bordure de pierre du chef d’œuvre de Nicola Salvi. Les épisodes anglais ont été tournés en Wallonie, dont la Cité-jardin du Logis chère à Jaco Van Dormael. À Paris, Ken Scott a cherché au détour des rues des angles nouveaux sur des lieux emblématiques, tandis que des plans de drone agrémentés de SFX ont permis de fi lmer le parcours d’un petit avion en papier de la Tour Eiffel jusqu’au cimetière du père Lachaise. Un chorégraphe réputé de Bollywood, Vishnu Deva, ainsi que plusieurs danseurs indiens sont venus encadrer les répétitions et le tournage de la séquence de danse, dans un ancien lieu de culte reconverti en night-club. Dhanush, reconnu partout en Inde, mais tournant pour la première fois en Europe, a amené tout au long du tournage sa grâce, son talent, ses pas de danse improvisées et ses chansons fredonnées, et la délicieuse cuisine végétarienne du sud de l’Inde.


Le film de Ken Scott est une adaptation du roman de Romain Puértolas, « L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » paru en août 2013. Natif de Montpellier, et vivant aujourd’hui à Malaga, Romain Puértolas, fan de Jules Verne ou d’Eduardo Mendoza, a exercé de nombreux métiers, et écrit plusieurs romans, avant de connaître à 37 ans sa première publication. «L’Extraordinaire voyage du fakir... », fable facétieuse et foisonnante née «pendant ses trajets quotidiens dans le RER», et inspirée par son goût de la magie. Cette histoire feel good tenant le lecteur en haleine est remarquée par l’éditeur Dominique Gaultier de Le Dilettante qui prend le risque de publier ce roman avec «un titre à rallonge écrit par un parfait inconnu».

Son inspiration est récompensée. Allemagne, Russie, Taïwan, Corée, Canada, Albanie, Australie, États-Unis... les droits de traduction sont rapidement acquis dans une trentaine de pays, et ce, avant même sa sortie en France. À la rentrée 2013, le livre devient rapidement un best-seller avec plus de 300 000 exemplaires vendus en grand format. L’ouvrage est également bien accueilli par la critique littéraire qui souligne l’humour et l’humanisme de ce conte plein de rebondissements, le panache loufoque de cette ode à la vie. Aventures, voyages inattendus, amour, escales, rencontres surprenantes, péripéties... permettent aussi d’évoquer de façon sensible des questions politico-sociales importantes : mondialisation, exil, pauvreté, tolérance, immigration clandestine... Selon Jérôme Garcin, Romain Puértolas «emprunte à Gérard Oury et aux Monty Python pour l’action, à Michel Audiard pour les dialogues». Transposer les aventures du fakir Ajatashatru Lavash Patel au cinéma est donc une suite logique... 

  
#VoyageDuFakir

Autre post du blog lié à L'EXTRAORDINAIRE VOYAGE DU FAKIR

jeudi 24 mai 2018

CHASSEUSE DE GÉANTS



Fantastique/Aventure/Malgré un rythme inégal, un film très touchant sur le pouvoir de l'imagination

Réalisé par Anders Walter
Avec Madison Wolfe, Zoe Saldana, Imogen Poots, Jennifer Ehle, Noel Clarke, Sydney Wade, Art Parkinson, Ciara O'Callaghan...

Long-métrage Américain
Titre original : I Kill Giants  
Durée : 01h44mn
Année de production : 2018
Distributeur : Lonesome Bear 

Date de sortie en vidéo : 6 juin 2018


Résumé : Barbara est une adolescente solitaire différente des autres, et en conflit permanent avec son entourage. Ses journées au collège sont rythmées par les allers-retours entre le bureau du proviseur et la psychologue. Aux sources de l’inquiétude des adultes qui veillent sur elle, il y a son obsession pour les Géants, des créatures fantastiques venues d’un autre monde pour semer le chaos. Armée de son marteau légendaire, Barbara s’embarque dans un combat épique pour les empêcher d’envahir le monde… 

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait



Ce que j'en ai pensé : j'ai découvert ce long-métrage lors du dernier Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. CHASSEUSE DE GÉANTS est une adaptation du roman graphique I Kill Giants de Joe Kelly et J. M. Ken Niimura (édité chez Image Comics). 

Ce film raconte une histoire triste et le réalisateur, Anders Walter, le fait bien. Le pouvoir de l'imagination est ici décrit avec force. Tout un univers est créé avec réalisme par la jeune héroïne. La façon dont le réalisateur amène les moments fantastiques pour les superposer avec la vie réelle est efficace et convaincante. Au final, le scénario raconte une histoire simple, mais métaphoriquement enthousiasmante et touchante. Il y a quelques longueurs qui coupent le rythme, mais l'amour de l'enfance illustré dans ce récit dépasse ce défaut.

Les actrices sont superbes. La jeune Madison Wolfe, qui interprète Barbara, nous fait ressentir l'ultra sensibilité, la créativité et les fêlures de son personnage. 


Zoe Saldana apporte la douceur et l'inquiétude d'une mère vis-à-vis de Barbara. Elle est convaincante dans le rôle de Mrs Mollé, une psychologue qui s'implique dans son travail. Imogen Poots interprète une grande sœur débordée par un rôle qu'elle ne devrait pas jouer dans le meilleur des mondes. Sydney Wade interprète Sophia, une petite fille qui est en manque d'amitié et a du mal à trouver sa place face à la puissance d'évasion de Barbara.


CHASSEUSE DE GÉANTS est un premier long-métrage qui parle des douleurs insurmontables qui peuvent traverser l'enfance, de celles qui laissent un vide qu'il faut alors combler sur le chemin de la vie adulte. Il illustre le fracas de la peine, certes avec des baisses de rythme, mais d'une très jolie manière. N'hésitez pas à partir à la chasse aux géants avec Barbara, elle vous entraînera dans une aventure bouleversante.

DVD

Blu-Ray

NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ADAPTÉ DU COMIC-BOOK I KILL GIANTS

Meilleure Bande Dessinée 2008 – IGN
TOP10 Image Comics Books – New York Magazine
1er prix aux International Manga Awards 2012

Pépite visionnaire publiée chez Image Comics en 2008, I Kill Giants est né de l’esprit de Joe Kelly (X-Men, Spider-Man, Four Eyes...) et des mains de J.M Ken Niimura (Zero, Henshin…). 

10 ans après sa sortie aux Etats-Unis, I Kill Giants sortira pour la première fois en intégralité en français via HiComics. Faisant mentir les standards du marché de la BD indé’ de l’époque (à savoir qu’un one-shot en noir & blanc constituait un double suicide commercial) I Kill Giants est immédiatement devenu un succès commercial et critique et est resté depuis un formidable objet d’étude, dans les écoles notamment.

A mi-chemin entre la fable et le drame, entre l’onirisme le plus pur et la difficile réalité, l’histoire convient à tous les publics et à tous les âges, malgré une forte tendance à devenir un classique instantané auprès d’un public adolescent.



LE COMIC-BOOK I KILL GIANTS
EST DISPONIBLE DEPUIS LE 23 MAI 2018
AUX ÉDITIONS HiCOMICS

CHRIS COLUMBUS, DE FAN DE LA BD À PRODUCTEUR DU FILM 

« Il y a quelques années de ça, je me suis rendu au magasin de BD de mon quartier, un endroit qui s’appelle Comix Experience, à San Francisco. Je farfouillais dans les rayons, feuilletant les BD qui me paraissaient valoir le coup d’œil… C’est peu dire qu’elles n’étaient pas si nombreuses. C’est le problème que j’ai avec un grand nombre des parutions actuelles : aujourd’hui, on ne peut plus se faire un premier avis d’après la couverture du livre. A mon époque (suis-je si vieux ?), vous pouviez débarquer dans une pharmacie (hum… oui, je suis vieux !), attraper quelques BD et découvrir toute une série de couvertures qui vous filaient la chair de poule, dessinées par Jack Kirby, Jim Steranko, Neal Adams… Et quand vous ouvriez le livre, vous tombiez systématiquement sur des dessins qui s’apparentaient à de vraies œuvres d’art, du même acabit que celui de la couverture qui vous avait incité à aller plus loin. De nos jours, lorsque je cherche une BD, la moitié du temps je découvre que le dessinateur de l’intérieur de la BD est différent de celui de la couverture. Sans compter que les dessins semblent souvent sans âme, comme si les personnages étaient dessinés par une machine. 

Mais tout ça a changé lorsque j’ai découvert I Kill Giants. 

Je l’ai ouvert, et non seulement les dessins respectaient la promesse faite sur la couverture, mais l’écriture était également magnifique. A la fois précise, amusante et complexe. Quand j’ai refermé la BD, j’ai ressenti le même genre d’émotions que lorsque j’avais découvert E.T. au cinéma. C’était une expérience bouleversante, vraie et honnête, mais avec un cœur sombre. Sombre et magique. 

Joe Kelly a écrit une histoire profondément intelligente à propos d’une enfant utilisant son imaginaire pour surmonter un quotidien difficile. Le personnage de Barbara est si original qu’il fait presque figure d’exception dans le paysage des personnages de BD. Elle est tourmentée, pas particulièrement aimable, mais c’est aussi un personnage qui a de l’épaisseur. A la fin de son voyage, en arrivant aux dernières pages, je ne pouvais pas m’empêcher de laisser quelques larmes couler. Mais ce n’était pas des larmes qu’on m’avait malhonnêtement soutirées. Ça ne venait pas des rouages habituels que les scénaristes utilisent pour nous faire pleurer. Non, je sentais que cette histoire avait vraiment mérité mes larmes. C’est brut et honnête. 

Les dessins de JM Ken Niimura ne ressemblent à rien de ce que j’ai pu voir dans cette industrie. On pourrait dire qu’ils sortent des sentiers battus, mais ce serait encore en dessous de la vérité. Ils viennent carrément d’une autre planète. Ils sont saisissants, et précis tout en étant plein de fantaisie. Le style de Ken s’accorde à la perfection à l’écriture de Joe. Ses dessins sont visionnaires et uniques en leur genre. 

Est-ce que j’ai l’air mono-obsessionnel ? Oui. Bien sûr que je le suis. J’aime cette BD. Je l’aime au point d’avoir eu l’envie irrésistible de l’adapter au cinéma. Des gars comme JM Ken Niimura et Joe Kelly marchent selon moi dans les pas de Will Eisner, de Stan Lee, Roy Thomas, Steve Dikto, et des autres géants qui les ont précédés. Et c’est pour moi un honneur d’avoir eu l’opportunité de mettre en image ces visions, avec l’étroite collaboration de Joe et le travail du jeune réalisateur talentueux qu’est Anders Walter. 

Tous ensemble, nous avons vécu le grand voyage intérieur de Barbara. Et c’était un sacré voyage. » 

Chris Columbus 

ENTRETIEN AVEC ANDERS WALTER, RÉALISATEUR 

Né au Danemark, Anders Walters est un réalisateur et scénariste oscarisé. 

Il a été récompensé de l’Oscar du meilleur court-métrage en 2014 pour Helium, tandis que son court-métrage précédent, 9 Meters, faisait partie des nominés aux Oscar en 2013. A l’origine illustrateur pour DDB Needham au Danemark, Anders a étudié à l’École d’Arts Visuels de New York. Durant sa carrière, Il a réalisé plus d’une vingtaine de clip musicaux pour des artistes danois. 

Anders est à la fois membre de l’Académie des Arts et des Sciences du Cinéma et de la Danish Film Academy. 

Chasseuse de Géants est son premier long-métrage. 

Dans votre court-métrage Helium, pour lequel vous avez gagné l’Oscar, tout comme dans votre premier court-métrage 9 Meters, vous exploriez déjà le thème des traumatismes de l’enfance et de la maladie, et comment l’imaginaire peut être une échappatoire. Est-ce un sujet qui revêt une importance particulière pour vous ? 

Je suis très inspiré par la manière qu’ont mes propres enfants d’utiliser leur imagination pour surmonter certaines situations. Je pense que les enfants sont d’ailleurs beaucoup plus à-même de faire face à la douleur et la peine que les adultes. Le sujet n’a pas particulièrement de résonance avec ma propre histoire, mais c’est vrai que j’y reviens toujours. 

Je pense que ça a à voir avec ma propre enfance. J’étais très rêveur et je me construisais beaucoup d’univers imaginaires. Je crois que ça m’a beaucoup aidé à créer mon propre univers. Dans les bons comme dans les mauvais moments. 

Joe Kelly, qui est l’auteur de la BD, a aussi écrit le scénario du film. Avez-vous travaillé avec lui durant tout le développement du film, du scénario jusqu’à la table de montage ? 

J’ai travaillé très étroitement avec Joe. Dès le début on s’est très bien entendus, et on s’est mis d’accord sur le fait qu’il écrirait le scénario et que je réaliserais, que l’on échangerait constamment nos idées, mais sans trop interférer dans le travail de l’autre. Sur le scénario, j’ai surtout insisté pour que l’on arrive à réduire les 127 pages d’origine, pour arriver à quelque chose de plus resserré. Mais tout cela s’est vraiment fait dans la discussion. Personne n’a rien imposé. Dès le début, on s’est de toutes façons retrouvés sur beaucoup de choses, et on a pu construire une vraie relation de confiance, ce qui était indispensable, car c’est vraiment une histoire qui est très chère à Joe. Joe a aussi apporté ses idées sur le montage, mais à la fin du processus, j’avais aussi besoin d’avancer de manière plus solitaire, et de faire confiance à mes instincts. Parce que les instincts sont souvent des choses sur lesquels on ne débat pas vraiment. A la fin de l’expérience, vous avez besoin en tant que réalisateur, de sentir que le film est le vôtre, et qu’il résonne intimement en vous. 

Chasseuse de Géants navigue de manière subtile entre le fantastique et le drame, l'aspect fantastique étant étroitement lié au ressenti de Barbara, et à la force de ses émotions. Etait-il important pour vous de maintenir l’ambiguïté tout au long du récit ? 

Oui, toujours. Une des grandes lignes directrices du scénario de Joe Kelly réside dans cette ambiguïté, et dans la manière de distiller au fur et à mesure des éléments qui vous font deviner ce qui se cache derrière le comportement de Barbara. Cela peut paraître un peu déconcertant si l’on aime les choses plus simples et directes, mais j’ai toujours été convaincu que l’impact émotionnel du dénouement serait plus fort si on réussissait à laisser les gens deviner jusqu’à la révélation finale. 

Chasseuse de Géants peut toucher un public de tout âge, mais a la particularité de s’adresser à une audience très jeune sans l’infantiliser. Seriez-vous d’accord pour dire que le film a un feeling 80’s, justement dans sa manière de s’adresser au jeune public ? 

Oui, très certainement. J’ai grandi avec les films de Spielberg et Zemeckis, et il est clair que j’ai été très influencé par leur manière de faire des films pour enfants qui soient également des aventures émotionnelles audacieuses. Mais il est vrai qu’en traitant d’émotions aussi lourdes, Chasseuse de géants s’adresse aussi inévitablement à un public plus adulte. Mais finalement, tout cela m’importe peu. On n’a pas fait le film pour une audience spécifique, comme ça se fait de plus en plus aujourd’hui. Ce qui m’importe, c’est d’avoir une bonne histoire et des personnages forts. Que Barbara ait 13 ou 83 ans n’est pas l’essentiel. Chasseuse de Géants est autant un film pour les adultes que pour les enfants. Je sais que c’est dangereux, car de nos jours, tout se joue dans la manière que vous avez de vendre votre film sur une période très courte, avec un message très clair et très ciblé. Notre monde va trop vite, et Chasseuse de Géants est au contraire un film qui doit fonctionner sur la longueur, par le bouche à oreille ! 

Quelle a été la source d’inspiration pour le design de vos géants ? Ils font beaucoup penser aux monstres japonais des années 1960… 

Ils sont surtout très inspirés des dessins de Ken Niimura. Je voulais aussi que leur design soit en cohérence avec l’environnement dont ils sont issus. Par exemple, pour le cas du géant venant de l’océan, on a été chercher du côté des formations rocheuses qu’on y trouve, des coraux, etc. Le vrai maître derrière ces designs est un artiste français, Frédéric Perrin, qui a fait un travail formidable, non seulement pour les géants, mais également pour le reste du film. 

Comment avez-vous abordé le fait de travailler avec de très jeunes actrices ? Est-ce que cela a nécessité une approche particulière ? 

C’était évidemment très particulier de travailler avec des jeunes filles comme Madison et Sydney… Et ces deux-là en particulier, ce sont de sacrés phénomènes. Elles sont géniales, on peut le dire. Madison est tout de suite arrivée avec une idée très forte concernant le personnage de Barbara. Mon rôle, en tant que réalisateur, c’était d’être très attentif à leur ressenti, à elle et à Sydney. Les très jeunes acteurs ressentent souvent leur personnage très intensément, et un réalisateur qui verbaliserait trop les choses peut vite devenir contreproductif. Mes principales indications, à vrai dire, se limitaient souvent à “faites confiance à votre instinct”. Je ne voulais pas les embrouiller avec trop d’intentions de jeux, elle avaient déjà tout compris de leur rôle… 

CONSTRUIRE UN GÉANT, PAR FREDERIC PERRIN, CONCEPT ARTIST DU FILM 

Le travail de concept artist est une partie cruciale dans le développement d’un film. 

C’est l’étape de création ou l’on imagine, dessine, modèle et peint les idées. C’est un moment ou l’on adapte ses propres idées à celle d'un script, d'un réalisateur et d'un film. C’est une étape de discussion. Le but est de créer un document de travail qui doit être aussi beau que technique. 

Il y a deux étapes au Concept Art pour un film : 
  • Le concept art de pré-production, avant le tournage, où l’on réfléchit aux décors, personnages, costumes, effets visuels, etc. Tout ce qui peut se retrouver à l’écran, en somme. Ces concepts sont ensuite utilisés directement par le réalisateur et les équipes de tournage (Décors, costumes, etc.) et les VFX si besoin, pour communiquer sur les éléments à fabriquer et créer.
  • Le concept art de post-production : une fois le tournage terminé, voire en cours, le moment où nous créons pour le réalisateur les éléments virtuels qui seront fabriqués par les VFX. La création est alors plus encadrée par tout ce qui a déjà été imaginé et fabriqué au tournage. En arrivant plus tard dans la production, le concept artist doit s’intégrer au travail qui a déjà été fait en amont, mais doit aussi rester créatif. 

Le Titan : 

« Les demandes pour la création du Titan étaient variées, mais la principale et la plus difficile était de respecter la bande dessinée créée par. Joe Kelly et Ken Niimura. C’était aussi compliqué car nous étions très attachés à l’œuvre originale, et qu’il fallait adapter le design afin qu’il s’intègre à la réalité du film, ainsi qu’au budget. Au fil des discussions avec Anders, nous imaginions d’où il venait, de quoi il était composé, son histoire… Au fur et à mesure, nous avons commencé à construire son aspect autour de la vie aquatique. Il est ainsi devenu un être marin mi humain mi animal, endormi dans les profondeurs. La pression de l’eau, la roche, les sédiments et les coraux l’ayant progressivement transformé et recouvert. L’asymétrie était importante : un corps puissant d’un côté et atrophié de l’autre, un visage cassé, dur et recouvert de roches d’un côté, et doux de l’autre. Finalement un personnage qui reflétait ce qui se passe autant dans le background que dans la ligne conductrice de l’histoire. » 

Le Tree Giant : 

« Pour le Tree Giant, nous cherchions une forme à peine reconnaissable, que nous puissions lire autant comme un être bipède que quelque chose engendré par la nature, arraché du sol. Quelque chose d’imposant et lourd. J’en suis venu à cette forme déstructurée composée de racines, branches et troncs s’entremêlant à tous les niveaux. Le Tree Giant devait à l’origine être fabriqué en « costume et prothèses » pour un acteur/acrobate, suffisamment fort et habile pour pouvoir supporter le poids de toute la structure. Le personnage devait faire au moins 5 mètres. Cela imposait des choix techniques et artistiques auxquels penser dès le concept, en plus des techniques de caméra. Cela impliquait par exemple des sortes de chaussures compensées ou échasses pour surélever l’acteur suffisamment, des prothèses au-dessus de la tête, des extensions pour pouvoir manipuler les bras de la créature, etc. Le tout recouvert par les structures et prothèses de racines, de branches et de troncs. Quelque chose de très lourd au final. Tout cela était trop compliqué dans la réalité. La fabrication a finalement mené à une sculpture qui devait être animée à la main à travers une caméra à haute vitesse pour faire ressentir la taille de la créature. Cette sculpture fabriquée par Eric De Wulf était magnifique. Et au final, la créature a été recréée en VFX, modélisée, animée et filmée par ce medium. Le travail sur le Tree Giant a amené énormément de création à toutes les étapes, et de choix qui ont évolué tout au long du processus du film ! 

Les Harbingers : 

« Pour les Harbingers, des concepts avaient été créés en amont bien avant que j’arrive sur le projet, et mon rôle était autant de m’en inspirer que de créer des nouvelles idées. Les Harbingers sont des personnages reflétant la mort, mais aussi tellement d’autres choses. Nous avons gardé une forme « classique » de la mort, la capuche, des vêtements et capes en lambeaux, mais aussi un mélange assez dérangeant d’insecte, de squelettes divers de corps humains, d’oiseaux, de squelettes inversés, des masques, etc. Ils devaient vraiment être perturbants sans être pour autant d’une horreur insupportable.. Comme pour le Tree Giant, les Harbingers devaient être « portés » par des acteurs / acrobates, et ce choix est resté. Ils devaient faire 2 mètres 50 devant la caméra. Ainsi dès le concept, j’ai essayé de mixer technique et artistique. En utilisant l’idée des insectes, de créer des sortes de pates qui pourraient aussi être fabriquées comme des échasses plus ou moins complexes aux jambes des acteurs. Et comme pour le Tree Giant, des extensions devaient partir au dessus du corps des acteurs. Certaines extensions pouvant être tenues par un bras de l’acteur, d’autres tenues par des structures posées sur les épaules, etc. » 

DERRIÈRE LE COMIC-BOOK, DEUX ARTISTES 

JOE KELLY 
Auteur du roman graphique et scénariste du film 

Formé à la prestigieuse NYU où il enseigne aujourd'hui l'animation et l'écriture de Comics, Joe Kelly est vite repéré par Marvel où il se fait connaître dès la fin des années 90 sur Deadpool, Uncanny X-Men et d'autres titres majeurs de la Maison des idées. Après un rapide détour par la concurrence et DC Comics, Joe Kelly comprend vite l'intérêt de développer des titres creator-owned, à l'image de Steampunk qu'il réalise avec le légendaire Chris Bachalo pour les besoins de Wildstorm. Il deviendra ensuite un des pionniers du modèle économique d'Image Comics avec I Kill Giants, son titre le plus personnel et son plus gros succès critique en Bande Dessinée à ce jour. Par ailleurs, Joe Kelly reste aujourd'hui encore une des valeurs sûres de l'animation, lui qui a notamment créé le phénomène Ben 10. 

Il vit toujours à New York avec ses proches et sa famille. 

J.M. KEN NIIMURA 
Dessinateur du roman graphique 

Preuve vivante que la culture est désormais globalisée, Ken Niimura est aujourd'hui basé à Tokyo après avoir fait ses études à Madrid et à l'académie des beaux-arts de Bruxelles, lui qui a ensuite travaillé pour le marché américain. 

Véritable caméléon du bout de son crayon, le dessinateur est surtout connu pour I Kill Giants mais peut compter sur deux autres cartons d'édition au Japon, avec Umami, une superbe histoire gastrono-aventureuse et Henshin, une compilation d'histoires courtes qui lui a valu une réputation d'artiste singulier, capable de travailler pour les trois marchés majeurs de la BD. 

  
#ChasseuseDeGeants